Lettre écrite par Xavier Toulemonde (1906 – 1953, fils de Jules Toulemonde et de Jeanne Prouvost) à l’attention de sa mère et de sa famille.
Cette lettre a été transmise par Philippe Vinchon, elle est conservée à Venasque par son fils Matthieu.
Voir aussi : les Vinchon-Toulemonde en 39-45


Transcription de la lettre
Le 14 Juin 1940
Ma petite maman chérie,
Quand vous recevrez cette lettre, le sort de la France sera scellé, malheureusement arrêté et aussi celui de votre 2ème fils.
L’un et l’autre est bien humiliant. Je suis résigné provisoirement. Il ne reste plus 10% de mon beau régiment ; avec ses débris nous
remontons en ligne pour tenir la Marne. Il partait inévitable que demain nous ne soyons pris à revers par des éléments puissants. L’empire peut être,
envisagé, et je ne crains pas la mort ; je penserai à mon cher Papa, qui est un si bel exemple pour moi. J’ai la même foi, et j’espère être digne aussi de ceux qui m’ont précédé.
Le prèsque probable est l’internement, épreuve que j’envisage avec calme malgré tout.
Nous ne sommes plus qu’un symbole de régiment dont j’ai même commandé les dépouilles pendant quelques heures, jusqu’au retour inespéré d’un capitaine.
Tous mes amis ont disparu ; je me retrouve par chance avec Étienne Le Blanc, symbole du régiment voisin.
Pauvre France. Continuez à prier pour elle, et pour moi ; j’aurai besoin de vos prières dans tous les cas envisagés.
C’est bien dur de faire la guerre, les souffrances morales sont terribles quand on sent qu’on n’est pas outillé pour la faire.
J’ai la ferme conviction d’en sortir et d’avoir encore la joie de vous embrasser. Ne vous inquiétez pas trop de mon sort, j’ai encore
confiance en mon étoile ; même si elle s’éteint une autre s’allumera j’espère dans un monde meilleur.
Je vous dis, ma petite Maman, à Dieu ou plutôt au revoir avec confiance. Continuez à être courageuse, occupez-vous de ceux qui ont besoin
de vous et que vous pouvez aider.
Je confie à Jacques et à vous ma chère petite femme et mes enfants.
Quand à moi ne vous inquiétez pas, mon sort n’est peut-être pas le plus mauvais. Je me confie à la Providence qui me dirigera où
bon lui semblera. Calmement mais le cœur bien ému et les yeux malgré tout un peu humides, je vous embrasse avec mon plus grand cœur et ma plus grande tendresse.Signé XAVIER
On nous annonce à l’instant des coups de Théâtres nombreux.
Seraient-ce des raisons d’espérer ?
Je vous embrasse encore avec toute mon affection.
Xavier